La 9ème Conférence internationale du Réseau Africain des Autorités de Protection des Données Personnelles (RAPDP) s’est ouverte ce lundi 18 mai 2026 à Abidjan dans une atmosphère à la fois solennelle et déterminée. Vingt-quatre délégations africaines réunies au Radisson Blu Hotel ont entendu des discours d'une rare densité politique. Ministres, régulateurs et experts ont parlé d'une même voix : l'Afrique doit cesser de subir les règles du numérique mondial et commencer à les écrire.
Le nouveau Conseil de l'ARTCI entre en scène
La cérémonie avait un double sens pour la Côte d'Ivoire. Elle
marquait aussi la première sortie officielle du nouveau Conseil de régulation
de l’Autorité de Régulation des Télécommunications/TIC de Côte d'Ivoire
(ARTCI), nommé le 21 avril 2026, ayant prêté serment le 7 mai et installé après
la passation de charges du 11 mai. Son président, Roger Félix Adom, n'a pas
caché l'émotion du moment : « Cette cérémonie revêt, pour nous, une
signification toute particulière. Elle marque symboliquement l'entrée en
responsabilité du nouveau Conseil, dans un domaine qui est au cœur des enjeux
contemporains de régulation. » Devant le Général Vagondo Diomandé, Ministre de
l'Intérieur et de la Sécurité, et M. Djibril Ouattara, Ministre de la
Transition Numérique, M. Adom a exprimé sa gratitude au Président Alassane
Ouattara pour la confiance accordée, avant de s'engager publiquement à « servir
l'État avec loyauté, rigueur, humilité et sens élevé de l'intérêt général. » Un
baptême du feu réussi pour un Conseil qui hérite d'un chantier continental de
grande ampleur.
La donnée personnelle, enjeu de souveraineté
Au cœur de tous les discours, une conviction partagée : la
donnée personnelle n'est plus une simple question juridique. Roger Félix Adom a
été le plus explicite sur ce point, déroulant une énumération volontairement
répétitive pour frapper les esprits : « La donnée personnelle n'est pas une
ressource comme les autres. Elle touche à la personne humaine. Elle touche à sa
vie privée. Elle touche à son identité. Elle touche à sa dignité. Elle touche à
sa liberté. Elle touche à sa sécurité. » De son côté, le Ministre de la
Transition Numérique, M. Djibril Ouattara, a immédiatement posé l'enjeu
politique : réguler sans paralyser. Dès son introduction, il a défini le thème
de la conférence comme « le défi central de notre époque : réguler sans freiner
l'innovation. »
35 lois, mais une Afrique encore fragmentée
Le tableau dressé par les intervenants est sans complaisance.
Plus de 35 pays africains disposent d'une législation sur la protection des
données — un progrès indéniable. Mais la réalité du terrain est toute autre. M.
Djibril Ouattara l'a dit sans détour : « Cette fragmentation fragilise les flux
transfrontaliers et ralentit la construction d'une véritable souveraineté
numérique africaine. » L'Afrique francophone a pris de l'avance dans la
formalisation des textes, mais leur application demeure inégale. La solution
avancée par tous : un cadre continental inspiré du RGPD européen, mais,
insiste-t-on, « adapté aux réalités africaines ». Une formule qui revient comme
un mantra pour marquer la volonté d'un modèle propre au continent, non importé.
Réguler : un cadre, pas un frein
Face à ceux qui voient dans la régulation un obstacle à
l'innovation, Roger Félix Adom a opposé une définition en trois temps, formulée
comme un plaidoyer : « Réguler ne signifie pas bloquer. Réguler ne signifie pas
ralentir. Réguler signifie créer un cadre clair, équitable, protecteur et
prévisible. » Ce cadre, précise-t-il, doit permettre aux innovateurs d'innover,
aux entreprises de se développer, aux administrations de se moderniser — tout
en protégeant les citoyens. L'ARTCI, dans ce contexte, entend jouer un double
rôle : protéger les données personnelles des Ivoiriens, mais aussi accompagner
les entreprises, start-up, institutions financières et acteurs de la santé dans
leur mise en conformité.
La Côte d'Ivoire,
modèle à dupliquer
Le bilan ivoirien présenté lors de la conférence est programmatique : loi 2013-2030, campagnes de sensibilisation dès 2015, contrôles de conformité en 2022, forum national en 2023, normes simplifiées en 2025, fichier national des correspondants en 2026. Une progression continue qui fonde l'ambition de M. Djibril Ouattara pour la Côte d'Ivoire : devenir « un centre régional de la confiance numérique, articulant protection des données, cybersécurité et innovation ». L'horizon est fixé à 2027–2030. C'est à cette échéance que se mesurera la portée réelle de la Déclaration Finale d'Abidjan, attendue en clôture mercredi 20 mai.
L'Afrique, productrice de normes — pas seulement consommatrice
Au-delà des engagements nationaux, c'est une vision géopolitique du numérique africain qui s'est exprimée à Abidjan. M. Roger Félix Adom l'a formulée avec force : « L'Afrique ne doit pas seulement être un espace de consommation numérique. Elle doit être un espace de pensée, de régulation, d'innovation, de production de normes et de défense des droits de ses citoyens. » M. Djibril Ouattara a conclu dans le même élan, fixant l'exigence collective : « Il nous revient désormais de transformer nos ambitions en actes et en engagements pour des résultats plus tangibles. La confiance numérique doit devenir le socle de notre avenir et le moteur de notre développement. » C'est à cette aune que sera jugée la Déclaration d'Abidjan.
Sercom


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