Depuis quelques semaines, l’orpaillage illégal semble avoir changé de dimension dans le débat public ivoirien. Les opérations de déguerpissement, les interpellations et les appels à une répression plus ferme se multiplient. Le gouvernement a récemment réaffirmé que la loi serait appliquée « dans toute sa rigueur », tandis que le Conseil national de sécurité a demandé un renforcement de la lutte.
Depuis quelques jours, la répression contre les orpailleurs illégaux s'intensifie en Côte d'Ivoire. Pour ne pas dire, c'est subitement l'actualité. Entre saisie de matériels, attestations, dément ellement de sites, débats télévisés, radiodiffusés, et puis quoi encore ?
L’or attire parce qu’il représente, aux yeux de nombreux jeunes et populations rurales, une possibilité de gagner rapidement de l’argent. Dans des zones où les emplois sont rares, où les revenus agricoles restent incertains et où l'accès au financement est difficile, quelques jours passés à creuser peuvent apparaître plus rentables que plusieurs mois d'une activité traditionnelle.

La situation est d'autant plus préoccupante que le phénomène aurait considérablement progressé. Selon des chiffres récemment avancés par le député Houra Marc, la Côte d’Ivoire compterait plus de 1 600 sites clandestins actifs à la mi-2026, contre 801 en 2023. Il estime également que près de 500 000 personnes seraient directement ou indirectement concernées.
Autrement dit, ce n'est plus seulement un problème de quelques individus qui cherchent fortune dans les entrailles de la terre. C'est devenu une véritable économie parallèle. Le phénomène pose également une question fondamentale : qu'est-ce qui pousse un jeune à abandonner l'agriculture pour aller chercher de l'or ? La réponse se trouve probablement dans l'écart entre le temps nécessaire pour obtenir un revenu agricole et l'espoir de gain immédiat procuré par l'or.

Un champ demande du temps, de l'entretien, des intrants, de la main-d'œuvre et comporte des risques climatiques et commerciaux. Sur un site aurifère, le rêve est différent : trouver une pépite peut, dans l'imaginaire collectif, changer une vie.
Et lorsque cette activité devient suffisamment rentable, elle attire naturellement autour des sites toute une économie : transporteurs, restaurateurs, commerçants, fournisseurs de matériel, revendeurs, intermédiaires et acheteurs d'or.
La répression seule peut-elle suffire ?
C'est ici que se trouve le véritable paradoxe. La Côte d'Ivoire lutte contre l'orpaillage illégal depuis plusieurs années. Selon le bilan communiqué autour du Conseil national de sécurité, plus de 8 500 sites ont été déguerpis entre 2021 et le premier semestre 2026, tandis que 4 474 personnes ont été déférées devant la justice.
Cela signifie-t-il que la répression est inefficace ? Pas nécessairement. Elle est indispensable lorsqu'il s'agit de protéger les terres, les cours d'eau, les populations et l'autorité de l'État. Mais elle montre ses limites lorsqu'elle ne s'attaque qu'au dernier maillon de la chaîne : le creuseur.
Car derrière celui qui tient la pelle ou la motopompe se trouvent parfois des propriétaires de matériels, des financiers, des collecteurs et des circuits de commercialisation. C'est justement ce que souligne Houra Marc, qui appelle à s'attaquer davantage aux réseaux qui financent et organisent l'activité clandestine plutôt qu'aux seuls exploitants présents sur les sites. C'est probablement la question centrale.
Est-ce l'orpailleur qui court derrière l'or ou l'argent qui court derrière l'orpaillage ?
Parce que si des milliers de personnes continuent de prendre des risques malgré les opérations de sécurisation, c'est bien que quelqu'un, quelque part, gagne de l'argent grâce à cette activité. La véritable bataille ne devrait donc pas uniquement consister à fermer les trous et à chasser les occupants. Elle devrait également consister à remonter la chaîne financière : qui finance ? Qui fournit les machines ? Qui achète ? Où va l'or ? Qui le commercialise ? Qui profite réellement de cette économie clandestine ?
L'environnement, l'autre victime silencieuse

Derrière la question financière se cache une catastrophe environnementale. Les sites clandestins défigurent les terres agricoles, détruisent parfois des plantations et menacent les cours d'eau. L'utilisation de produits chimiques et les risques d'éboulement exposent également les populations.
La lutte contre l'orpaillage ne peut donc pas être considérée comme une simple opération de police. C'est une question économique, environnementale, sociale et même sécuritaire. La vraie réponse : réprimer, mais aussi offrir une alternative
Il serait illusoire de demander à une population de quitter une activité qui lui procure un revenu sans lui proposer une autre source de revenus.
Il faut donc accompagner la répression par l'emploi des jeunes, la formation professionnelle, la modernisation de l'agriculture, l'encadrement de l'exploitation minière artisanale légale et la création d'activités génératrices de revenus. Autrement, chaque site fermé risque de donner naissance à un autre quelques kilomètres plus loin.
La récente accélération de la répression est compréhensible au regard de l'ampleur prise par le phénomène. Mais elle doit surtout ouvrir un débat beaucoup plus large. Parce qu'elle y voit souvent ce qu'elle ne trouve pas ailleurs : une chance rapide de gagner sa vie.
Le problème de fond n'est donc pas seulement l'orpaillage illégal. C'est aussi la course à l'argent dans une société où les opportunités économiques ne sont pas toujours à la hauteur des aspirations de la jeunesse.
F.A


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