La question de l'orpaillage illégal est devenue très préoccupante. Dans cette interview, le président du Conseil Régional de l' Indénié-Djuablin, Wouadja Essay se prononce sur la gravité de ce phénomène pour les générations futures.
Monsieur le Président, l’orpaillage illégal demeure une préoccupation dans plusieurs localités de l’Indenie-Djuablin. Quelle est votre lecture de la situation ?
L’orpaillage illégal constitue aujourd’hui une véritable préoccupation pour notre région, parce qu’il ne s’agit pas uniquement d’une question d’exploitation minière. C’est une question environnementale, économique, sociale, sanitaire et même sécuritaire. Notre région possède d’importantes potentialités agricoles et naturelles. Lorsque nos terres sont dégradées, que nos cours d’eau sont pollués et que nos espaces agricoles disparaissent au profit d’activités clandestines, c’est l’avenir de nos populations qui est directement menacé. Nous devons donc regarder cette situation avec beaucoup de responsabilité et de lucidité.
Quelles sont, selon vous, les principales conséquences de l’orpaillage clandestin sur les populations ?
Les conséquences sont multiples. Nous avons d’abord la destruction des terres agricoles et la dégradation de notre environnement. Il y a ensuite la pollution des cours d’eau, qui constitue une menace pour les populations et pour les activités agricoles. Mais il y a également une conséquence sociale qu’il ne faut pas négliger : l’orpaillage clandestin peut attirer une jeunesse en quête de revenus rapides, parfois au détriment de la formation, de l’agriculture et des métiers structurants. Ce que nous devons faire comprendre à notre jeunesse, c’est que l’or facile n’est pas nécessairement synonyme d’avenir.
Quel rôle le Conseil régional entend-il jouer dans cette lutte ?
Le Conseil régional a un rôle important à jouer dans la sensibilisation, l’accompagnement des populations et la promotion d’un développement local durable.Nous ne sommes pas une autorité de police ou de justice. La lutte contre les activités illégales relève des compétences des services de l’État habilités. Mais nous avons une responsabilité en matière de développement et de sensibilisation.
Notre rôle est donc de travailler avec les autorités administratives, les forces de défense et de sécurité, les chefs traditionnels, les élus, les jeunes, les femmes, les organisations professionnelles et l’ensemble des acteurs locaux. La lutte sera beaucoup plus efficace si elle est collective.
Certains acteurs locaux peuvent-ils être tentés de fermer les yeux sur ces activités ?
C’est précisément là que nous devons faire preuve de responsabilité. La lutte contre l’orpaillage clandestin ne peut pas réussir si certaines personnes facilitent ou protègent ces activités pour des intérêts personnels. Celui qui permet à une activité illégale de prospérer contribue indirectement à la destruction de notre patrimoine commun. Il faut donc que chacun comprenne que notre région appartient à tous. Les terres, les forêts et les cours d’eau que nous détruisons aujourd’hui sont ceux dont nos enfants auront besoin demain.
Peut-on lutter efficacement contre l’orpaillage clandestin sans proposer des alternatives aux jeunes ?
Non. La répression seule ne peut pas constituer une réponse durable. Nous devons également proposer des perspectives à notre jeunesse.
Cela passe par la formation professionnelle, l’agriculture, l’entrepreneuriat, les activités génératrices de revenus et l’accompagnement des initiatives locales. Notre jeunesse doit comprendre qu’elle peut réussir autrement. L’Indenie-Djuablin dispose d’énormes potentialités dans l’agriculture, l’élevage, la transformation, le commerce, l’artisanat et bien d’autres secteurs. Nous devons davantage valoriser ces opportunités.
Quel message adressez-vous particulièrement aux chefs traditionnels et aux propriétaires terriens ?
Je leur demande d’être des gardiens de notre patrimoine. La terre ne doit pas être considérée uniquement comme une source de revenus immédiats. Elle est un héritage que nous recevons de nos parents et que nous devons transmettre aux générations futures. J’invite donc les chefs traditionnels, les propriétaires terriens et tous les responsables communautaires à collaborer pleinement avec les autorités compétentes et à ne pas cautionner les activités clandestines.
Et quel message adressez-vous aux jeunes qui sont attirés par l’orpaillage clandestin ?
Je leur dis simplement : ne sacrifiez pas votre avenir pour un gain immédiat. Vous avez des talents, de l’énergie et de l’intelligence. Utilisez-les pour construire votre avenir. L’orpaillage clandestin peut donner l’illusion d’une richesse rapide, mais il peut aussi laisser derrière lui des terres détruites, des eaux polluées, des familles fragilisées et des vies brisées. Notre ambition doit être de construire une jeunesse actrice du développement de l’Indénié-Djuablin.
Quel message adressez-vous aux populations de l’Indenie-Djuablin dans le cadre de cette campagne de sensibilisation ?
Je lance un appel à la responsabilité collective. Nous devons comprendre que lutter contre l’orpaillage clandestin, ce n’est pas lutter contre une catégorie de personnes. C’est défendre notre environnement, protéger nos terres agricoles, préserver nos cours d’eau et garantir l’avenir de nos enfants. Le développement d’une région ne se mesure pas seulement à ses infrastructures. Il se mesure également à la capacité de ses populations à préserver leur environnement et à construire une économie durable. Je voudrais donc inviter toutes les populations de l’Indenie-Djuablin à s’engager dans cette dynamique.
Ensemble, protégeons notre terre. Ensemble, protégeons notre jeunesse. Ensemble, préservons l’avenir de l’Indénié-Djuablin.
Un dernier mot, Monsieur le Président ?
Je voudrais rappeler une chose essentielle : nous ne pouvons pas prétendre construire une région forte en détruisant les ressources qui doivent permettre à nos enfants de vivre demain.
Le Conseil régional de l'Indenie-Djuablin restera engagé, aux côtés de l’État et de l’ensemble des forces vives de la région, pour promouvoir un développement responsable, inclusif et durable.
Notre devoir est de transmettre à la génération future une Indénié-Djuablin plus prospère, mais aussi plus saine, plus verte et plus solidaire. C’est ensemble que nous réussirons.
Francis Aquey, avec CT Com


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