De la parcelle « à prix cadeau » aux investissements agricoles miraculeux, en passant par les réseaux de vente et les opportunités financières présentées comme sans risque, les mêmes mécanismes semblent se répéter. Des Ivoiriens perdent parfois leurs économies, tandis que les promoteurs de ces offres prospèrent. Pourquoi ces scénarios continuent-ils de séduire ?
Le phénomène n’est pas nouveau. Il change simplement de visage. Hier, il s’agissait de propositions immobilières alléchantes. Aujourd’hui, les réseaux sociaux ont accéléré la diffusion des offres d’« agro-business », des systèmes de vente multiniveau ou de certaines opportunités commerciales présentées comme capables de transformer rapidement la vie des participants. Le problème n’est pourtant pas uniquement celui de la naïveté. La récente affaire de Rita Djédjé qui a embarqué plusieurs célébrités interpelle à plus d'un titre. Et nous amène à mener une réflexion approfondie.
Le rêve d’une ascension sociale rapide
Dans une société où le coût de la vie augmente et où l’accès à l’emploi stable reste une préoccupation pour de nombreux jeunes, la promesse de gagner rapidement de l’argent exerce une attraction considérable. « Investissez aujourd’hui, devenez propriétaire demain. », « Mettez votre argent dans l’agriculture et récoltez des millions. », « Rejoignez notre réseau et devenez financièrement indépendant. »
Ces discours ont un point commun : ils vendent moins un produit qu’un rêve. Et lorsque ce rêve est porté par un proche, un ami, un collègue ou une personnalité influente sur les réseaux sociaux, la méfiance baisse encore davantage.
La force du témoignage et du bouche-à-oreille
L’une des armes les plus efficaces de ces systèmes demeure le témoignage. Une personne exhibe une voiture, une maison, un voyage ou une importante somme d’argent. Le message est simple : « J’ai réussi grâce à cette opportunité. Vous pouvez faire pareil. » Mais derrière une réussite affichée, combien d’échecs restent invisibles ? Le succès de quelques-uns ne constitue jamais, à lui seul, la preuve qu’un modèle économique est fiable ou rentable pour tous.
Le manque de vérification : le maillon faible
Dans plusieurs affaires, la question essentielle est pourtant simple : qui vérifie avant de payer ?
Pour un terrain, vérifie-t-on réellement le titre de propriété, la situation foncière, les droits du vendeur et l’existence effective du lotissement ?
Pour un projet agricole, existe-t-il une exploitation identifiable, des contrats, des comptes, des terres réellement disponibles et un modèle économique crédible ?
Pour une opportunité commerciale ou un réseau de distribution, quelles sont les conditions réelles de rémunération ? D’où vient l’argent ? Que vend-on réellement ? Quels sont les risques ? Que se passe-t-il si le recrutement de nouveaux membres ralentit ?
Autant de questions qui devraient être posées avant, et non après la perte de l’argent.
Le piège de l’urgence
Autre technique récurrente : créer un sentiment d’urgence.
« Dernières parcelles ! »
« Offre valable jusqu’à ce soir ! »
« Places limitées ! »
« Il faut entrer maintenant avant que le système ne ferme ! »
Cette pression réduit le temps consacré à la réflexion et à la vérification.
Or, une véritable opportunité d’investissement supporte généralement quelques heures ou quelques jours de vérification.
Si l’on vous demande de décider immédiatement, prenez justement le temps de réfléchir davantage.
Quand la victime devient à son tour démarcheur
Le phénomène est encore plus complexe lorsque la personne ayant investi de l’argent devient elle-même promotrice de l'offre. Elle peut alors défendre le système avec conviction, non seulement parce qu’elle y croit, mais aussi parce qu’elle espère récupérer son investissement ou toucher une commission. C’est ainsi que certains mécanismes se propagent de proche en proche, jusqu'à toucher des familles entières.
Pourquoi cela continue-t-il ?
La réponse est probablement à chercher dans un cocktail de facteurs : précarité économique, chômage, désir d’entreprendre, pression sociale, faible culture financière, confiance excessive envers les proches et fascination pour l’argent facile. À cela s’ajoute la puissance des réseaux sociaux, qui permettent aujourd’hui à une promesse commerciale de toucher des milliers de personnes en quelques heures. Mais il serait injuste de réduire toutes les victimes à des personnes crédules. La confiance peut être exploitée. Le besoin peut être exploité. L’espoir peut être exploité.
La responsabilité est aussi collective
Face à ces phénomènes, la prévention ne peut pas reposer uniquement sur les citoyens. Les autorités doivent renforcer l’information du public, la surveillance des activités à risque et la répression des pratiques frauduleuses lorsqu'elles sont établies. Les médias ont également un rôle majeur : enquêter, vérifier, expliquer les mécanismes et donner la parole aux victimes, plutôt que de contribuer à la promotion aveugle de prétendues « opportunités ». Au fond, la question n’est peut-être pas seulement : « Pourquoi les Ivoiriens se font-ils berner ? »
Il faut aussi se demander : Pourquoi sommes-nous si nombreux à vouloir croire qu’il existe un raccourci vers la richesse ?
Tant que le rêve d’un enrichissement rapide sera plus séduisant que la réalité d’un investissement patient, certains vendeurs de miracles trouveront toujours un public. Le véritable changement ne viendra donc pas uniquement de la disparition des escrocs. Il viendra aussi d’une société mieux informée, plus exigeante et beaucoup moins disposée à confondre promesse et preuve.
Francis Aquey


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