« Réconciliation au RHDP dans l'Indénié-Djuablin : les poignées de main résisteront-elles à l’épreuve des fauteuils ? »
La photo est belle. Les sourires sont là. Les poignées de main aussi. Après près d’une décennie de querelles, de frustrations et de rivalités entre cadres du RHDP dans l’Indénié-Djuablin, les images de retrouvailles autour du ministre du Tourisme et des Loisirs, Siandou Fofana, par ailleurs coordonnateur principal du parti dans la région, ont forcément suscité un sentiment de soulagement.
Mais derrière les sourires, une question demeure : cette réconciliation est-elle réellement sincère et durable, ou constitue-t-elle simplement une trêve dictée par les circonstances politiques ?
Pendant des années, les divisions internes ont fragilisé la cohésion du RHDP dans l’Indénié-Djuablin. Les désaccords personnels, les ambitions politiques, les positionnements et les frustrations ont parfois pris le dessus sur l’intérêt collectif.
La rencontre de réconciliation apparaît donc, à première vue, comme une initiative salutaire. Car aucune formation politique ne peut prétendre conquérir durablement le terrain lorsqu’elle est minée de l’intérieur. Faire la paix était devenu moins un choix qu’une nécessité. Mais faire la paix devant les caméras est une chose. La faire vivre dans les coulisses de la politique en est une autre.

Le partage des responsabilités, le véritable test
C’est probablement ici que se trouve le principal défi. Dans une région où les ambitions politiques sont nombreuses, les postes électifs, eux, restent limités. Députés, sénateurs, maires, conseillers régionaux, responsabilités dans les structures du parti : les prétendants peuvent être nombreux, mais les fauteuils ne sont pas extensibles. Et c’est précisément à ce niveau que les belles déclarations d’unité peuvent être confrontées à la réalité.
Que se passera-t-il lorsque viendra l’heure des investitures ? Que se passera-t-il lorsque certains cadres seront retenus et que d’autres, pourtant convaincus d’avoir la légitimité, seront écartés ? C’est souvent à ce moment que les anciennes blessures peuvent se rouvrir.
L’histoire politique ivoirienne, comme celle de nombreuses formations politiques, montre que les conflits ne naissent pas toujours de grandes divergences idéologiques. Ils peuvent naître d’un choix de candidat, d’une nomination, d’une investiture ou du sentiment d’avoir été injustement écarté.
Dans l’Indénié-Djuablin, le risque est donc réel : réconcilier les hommes sans régler les causes profondes de leurs querelles pourrait simplement repousser le problème. La véritable réconciliation ne devrait pas se limiter à réunir les protagonistes autour d’une table. Elle doit également permettre de construire des mécanismes de gestion des ambitions, de règlement des différends et de répartition équitable des responsabilités.
Siandou Fofana face à une équation délicate
En tant que coordonnateur principal du RHDP dans l’Indénié-Djuablin, Siandou Fofana se retrouve au cœur de cette nouvelle dynamique. Son rôle sera déterminant, mais également délicat. Car rassembler les cadres est une première étape. Maintenir l’équilibre entre eux lorsque les intérêts individuels entreront en collision sera le véritable exercice de leadership. Il faudra éviter que la réconciliation d’aujourd’hui ne devienne le prélude à une nouvelle bataille demain. Car une paix politique durable ne se décrète pas. Elle se construit dans la confiance, la justice et la capacité à accepter les frustrations.
La photo ne suffira pas. Il serait injuste de mettre immédiatement en doute la sincérité de cette réconciliation. Après dix années de tensions, le simple fait que des cadres ont accepté de se retrouver, de dialoguer et de regarder dans la même direction constitue déjà un signal positif.

Mais la sincérité d'une réconciliation politique se mesure rarement le jour où les protagonistes se serrent la main. Elle se mesure le jour où l’un obtient ce que l’autre convoitait. C’est là que l’on saura si les rancœurs ont réellement disparu ou si elles ont simplement été mises en sommeil. Le RHDP de l’Indénié-Djuablin a donc une opportunité historique : transformer cette réconciliation en nouveau pacte politique régional, fondé sur la confiance, la discipline collective et la primauté de l’intérêt général.
À défaut, la belle image de famille retrouvée pourrait n’être qu’une parenthèse. La paix des braves est possible. Elle peut même être sincère. Mais elle devra désormais résister à l’épreuve la plus redoutable de la politique : celle des ambitions et des investitures.
Francis Aquey


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