Quand le voyage ouvre les yeux sur le monde. Il est des voyages qui ne s’achèvent pas au retour. Ils continuent de vivre dans le regard de ceux qui les ont accomplis. Avec Petits Voyageurs, Grands Protecteurs :L’Écotourisme qui fait grandir, Gougou Kouadio Marcel, professionnel ivoirien du tourisme durable, imagine un voyage où l’on ne se contente plus de traverser les paysages. On les écoute, on les comprend et, surtout, on apprend à les protéger. Sous sa plume, l’écotourisme quitte ainsi les sentiers du simple loisir pour devenir une école du regard, de la conscience et de la transmission.
Awa, Seri, Yao, Mariam et Adjoua sont les cinq jeunes voyageurs de cette aventure. Guidés par leur grand-père, Nanan Kouassi Dibe, ils prennent la route à la découverte d’une Côte d’Ivoire qui se révèle peu à peu dans toute sa splendeur. Forêts sacrées, villages traditionnels, plages, mangroves . Chaque étape ouvre une fenêtre sur un patrimoine vivant. Mais derrière la beauté des paysages se dessine une réalité plus fragile. Pollution, déforestation, braconnage, disparition progressive de certaines espèces ou raréfaction de l’eau rappellent que cette richesse n’est pas éternelle.
Au détour d’une étape, la parole du grand-père se fait alors grave : « Savez-vous mes enfants que l’Éléphant de Côte d’Ivoire, celui-là même qui a donné son nom à notre pays, est en train de devenir un fantôme à cause de l’ivoire, à cause de la viande de brousse ? On tue des êtres qui possèdent une mémoire et une sensibilité que nous commençons à peine à comprendre. » (p. 47). Quelques mots qui transforment l’animal emblématique en une mémoire vivante menacée d’effacement.
Le même éveil traverse le rapport des enfants à l’océan.
Face à l’immensité marine, l’illusion d’un monde capable d’engloutir nos déchets vole en éclats. « Nous pensons parce que l’océan est vaste qu’il peut tout engloutir, tout cacher. Mais la mer n’oublie rien », avertit le récit. Puis vient l’image terrible .Sous les vagues, des tortues confondent les sachets plastiques avec des méduses et s’étouffent en les avalant (p. 57). La mer, dans le livre de Gougou Kouadio Marcel, devient ainsi une sorte de miroir de nos propres négligences .Ce que l’homme croit avoir fait disparaître continue de vivre quelque part, dans les profondeurs, jusqu’à revenir sous une autre forme. L’océan ne parle pas, mais il garde la trace de nos gestes.
Le voyage devient dès lors une initiation. Nettoyer une plage, observer un animal sans le déranger, planter un arbre, recycler, écouter les savoirs anciens ou sensibiliser son entourage .Les petits gestes deviennent de grandes leçons. Au fil des découvertes, les cinq héros comprennent que protéger commence souvent par regarder autrement. De retour dans leur quartier, ils ne rangent pas leurs souvenirs dans une valise. Ils les transforment en engagement et créent « Les Éveilleurs du Quartier ». Le récit prend alors une autre dimension . Celle d’une jeunesse qui refuse d’être simple héritière et choisit de devenir gardienne.
Mais le livre de Gougou Kouadio Marcel ne parle pas seulement aux enfants. Il s’adresse à tous ceux qui ont encore quelque chose à transmettre et à tous ceux qui auront demain quelque chose à recevoir .Parents, enseignants, professionnels du tourisme, communautés et décideurs. Car derrière l’aventure des cinq jeunes héros se cache une question essentielle . Quel monde voulons-nous laisser derrière nous ? En faisant dialoguer tourisme, environnement, culture et transmission, l’auteur rappelle que préserver un territoire, c’est aussi préserver les histoires, les gestes, les paysages et les identités qui lui donnent son âme.
Cette invitation au voyage et à la réflexion a trouvé son prolongement à l’occasion de la dédicace de l’ouvrage, le samedi 5 septembre, à la Librairie Carrefour de Cocody. Une rencontre placée sous le signe des mots, du partage et de la découverte, autour d’un livre proposé au public au prix de 5 000 F CFA.
Avec Petits Voyageurs, Grands Protecteurs, Gougou Kouadio Marcel signe ainsi un plaidoyer pour un tourisme plus conscient, plus respectueux et plus humain. Son récit dessine une chaîne vertueuse où chaque étape appelle la suivante .Voyager pour connaître, connaître pour comprendre, comprendre pour respecter, respecter pour protéger et protéger pour transmettre. Et peut-être est-ce là le plus beau voyage proposé par le livre .Celui qui conduit l’enfant à découvrir son pays, le voyageur à redécouvrir son regard et chacun d’entre nous à comprendre que la beauté du monde n’est jamais acquise. Elle nous est confiée, le temps d’une génération, avant de passer entre d’autres mains.
N.G


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