En France pour rencontrer les acteurs du secteur, le ministre du Tourisme de Côte d’Ivoire lance un véritable appel aux investisseurs français, alors que les Émirats arabes unis et la Chine n’hésitent pas participer aux projets de croissance du pays. Et avec lui, à celle d’un continent très regardé pour ses multiples richesses, démographiques et économiques.
LA TRIBUNE AFRIQUE - Quelle est votre
stratégie de développement touristique ?
SIANDOU
FOFANA – Notre stratégie vise trois finalités.
D’abord, faire du tourisme un véritable moteur
de croissance, capable de multiplier les richesses et de créer de la valeur
pour la population. Ensuite, générer des emplois, notamment pour les jeunes,
qui représentent 70 % de notre population. Enfin, notre ambition est de faire
entrer la Côte d’Ivoire dans le peloton de tête du tourisme africain, en
intégrant les cinq destinations les plus prisées du continent. Nous travaillons
également à faire de la Côte d’Ivoire un leader du tourisme d’affaires, aux
côtés notamment du Nigeria. Nous voulons devenir la première destination
africaine pour le tourisme d’affaires, car nous avons tous les arguments pour y
parvenir. Globalement, notre ambition est d’atteindre, d’ici 2030, 10 millions
de visiteurs et de faire d’Abidjan le carrefour par excellence des loisirs et
du tourisme médical sur le continent.
Dans le cadre du PND, le tourisme bénéficie
d’une part importante des financements. Y a-t-il des
filières que vous considérez comme prioritaires ?
Oui. Certaines filières sont naturellement
plus importantes que d’autres, au regard de la vocation de notre pays. Nous
aspirons notamment à faire de la Côte d’Ivoire le grand carrefour des loisirs,
des divertissements et du tourisme d’affaires sur le continent. La plupart des
bureaux régionaux des grandes institutions internationales en Afrique sont
installés à Abidjan. Récemment encore, la Société financière internationale y a
ouvert son siège pour l’Afrique. C’est un élément important pour notre pays. Cette
attractivité repose notamment sur la sécurité. Le président Alassane Ouattara a
travaillé à créer un climat de confiance et de sécurité pour les investisseurs
et pour les populations. Cette sécurité permet aujourd’hui d’organiser de
grands événements et de grands rassemblements.
Précisément, les investisseurs sont attentifs
aux conditions pour soutenir les projets…
Nous voulons rassurer les investisseurs. La
Côte d’Ivoire est un territoire francophone, mais ouvert sur le reste du monde.
Toutes les communautés et toutes les langues y ont leur place. Sur le plan de
la sécurité, nous avons aujourd’hui l’une des meilleures notations du
continent, comparable à celles de certains pays occidentaux. Nous avons
également renforcé la sécurité juridique des investissements, avec notamment un
tribunal de commerce, une cour d’arbitrage et l’adhésion à différentes
conventions internationales en matière d’arbitrage et de justice. Enfin, nous
avons mis en place des mesures incitatives pour accompagner les investisseurs
et leur permettre d’obtenir des retours sur investissement attractifs.
Quelles sont précisément ces mesures
d’incitation ?
Elles concernent les volets fiscal, douanier
et foncier. Sur le foncier, par exemple, dans le cadre d’un partenariat
public-privé, l’État peut mettre un terrain à disposition et s’associer à
l’investisseur. Celui-ci peut ensuite verser des redevances pendant toute la
durée de son exploitation. L’objectif est de lui garantir un foncier libre de
tout litige et de lui assurer que l’État est à ses côtés. Ces mesures ont été
renforcées sous la gouvernance du président Ouattara afin d’accompagner les
investisseurs privés et de sécuriser leurs investissements.
Vous avez
évoqué votre souhait de voir davantage d’investissements français et de
touristes français en Côte d’Ivoire. Les Émirats arabes unis sont aujourd’hui
particulièrement actifs dans votre pays. Que faut-il faire pour redonner envie
aux Français d’investir en Côte d’Ivoire ?
La Côte
d’Ivoire a longtemps bénéficié de la force de la francophonie et nous
revendiquons pleinement notre place au sein de cet espace. Nous avons toutefois
une démarche décomplexée dans nos relations avec la France. Nous constatons
aujourd’hui, avec un peu de regret, que ce sont davantage les pays du Golfe,
mais aussi la Chine et l’Inde, qui viennent investir en Côte d’Ivoire. Je
voudrais donc lancer un message aux acteurs français des secteurs du tourisme,
de l’hôtellerie et de la restauration : venez sur cette nouvelle terre
d’opportunités et de potentialités prendre toute votre place. Le pays avance et
progresse. Nous avons une langue commune, une histoire qui nous rassemble et
une proximité très forte avec la France. Il ne faut pas tourner le dos à l’Afrique.
Elle constitue l’une des alternatives les plus crédibles pour le siècle qui
s’annonce.
Cet appel aux investisseurs se fait dans un
contexte particulier pour le pays, alors que le PND a été présenté voici
seulement quelques mois…
Ce siècle
sera africain et, s’il est africain, il sera aussi ivoirien, car la Côte
d’Ivoire dispose de réels atouts : une jeunesse qui avance, un sous-sol riche
et une agriculture performante et diversifiée. Nous devons désormais
transformer toutes ces richesses. Notre classe moyenne s’accroît de jour en
jour. Il faut lui donner les moyens de s’épanouir, notamment à travers les
loisirs et le tourisme, qui permettent aussi de mieux s’approprier son
territoire. Les pays du Golfe l’ont compris. Il faut maintenant que la France
se bouge et que les investisseurs français se mobilisent. Demain, il sera
peut-être trop tard.
Vous avez reçu la visite du patronat français
et du patronat marocain. Y a-t-il eu des suites ?
Oui, il y en
a quelques-unes, mais elles restent encore timides. Nous constatons que les
Marocains bougent beaucoup plus que les Français. Le projet Radisson, par
exemple, se fait avec les Marocains, tout comme le projet Four Seasons. Les
Français sont donc encore relativement absents, et même la Belgique se mobilise
davantage. Nous pensons pourtant que la Côte d’Ivoire est une terre fertile
pour les investissements français. Elle s’offre aux investisseurs français sans
complication particulière. Mais la nature a horreur du vide. À l’échelle des
pays, les États ont vite fait de prendre la place laissée libre par les autres.
Si nos partenaires traditionnels ne viennent pas, d’autres prendront leur
place.
Vous avez aujourd’hui plusieurs grandes
enseignes hôtelières internationales qui arrivent en Côte d’Ivoire. Où en
êtes-vous ?
Aujourd’hui, nous avons le Four Seasons, le
Park Hyatt et le Fairmont, qui se signale également. Tout est conclu et les
différents projets vont progressivement se mettre en place. Nous constatons
également que Mandarin Oriental frappe à la porte. C’est important, car depuis
trois ans, Mandarin Oriental est classé numéro un dans l’hôtellerie de luxe.
Les grandes marques internationales s’intéressent désormais à la Côte d’Ivoire
et veulent y prendre position. Mais il faut également que les marques
européennes prennent toute leur place sur ce marché. Sinon, elles risquent
malheureusement d’être laissées de côté. C’est précisément ce que nous voulons
éviter.
L’aéroport d’Abidjan est-il suffisamment
dimensionné pour accompagner vos ambitions ? Faut-il renforcer le maillage
régional ?
Au regard du développement que connaît notre
pays, notre aéroport n’est effectivement plus suffisamment dimensionné. Le
gouvernement en a pris acte. Des discussions ont donc été engagées avec le
groupe Bouygues, à travers Sogea-Satom, pour l’extension et la réhabilitation
de l’aéroport. Notre objectif, dans cette première phase, est d’atteindre une
capacité de 10 millions de passagers. Mais il faudra rapidement envisager une
deuxième phase, avec un objectif de 15 millions de passagers. Les facteurs qui
contribuent à la croissance du trafic aérien se renforcent de jour en jour.
Nous sommes donc en train de nous préparer à des effets multiplicateurs qui
pourraient fortement doper la croissance. Nous lançons également un appel à
tous ceux qui sont intéressés par ces nouveaux développements, notamment dans
l’exploitation des aéroports et l’assistance en escale. Nous souhaitons
notamment que les acteurs comme ADP, l’aéroport de Paris, s’intéressent
davantage à notre aéroport, qui présente encore de très belles perspectives.
Venons-en au terrain sportif. Quelles
retombées la CAN a-t-elle eues pour la Côte d’Ivoire, notamment en matière
d’image et de tourisme ?
Cette CAN, si elle n’avait pas existé, il aurait fallu l’inventer. Elle a permis au peuple ivoirien de se retrouver avec lui-même. Nous avons démontré la capacité d’un peuple à se dépasser, à croire en son destin et à ne pas se décourager. Nous étions pratiquement éliminés après avoir été menés 4-0 face à la Guinée équatoriale. Et finalement, nous avons été repêchés et sommes devenus champions. C’est une formidable leçon de vie. Il faut croire en son étoile et considérer que rien n’est impossible. Nos footballeurs ont donné une véritable leçon à notre jeunesse, mais aussi à nous-mêmes, les gouvernants. La CAN nous a également permis d’expérimenter de nouveaux supports de communication et les nouveaux médias. Nous avons vu arriver des influenceurs, des créateurs de contenus qui se sont approprié la CAN et ont transposé l’image de la Côte d’Ivoire à l’international. Le jour de la finale, nous avons enregistré 3 milliards de vues sur TikTok. C’est considérable à l’échelle mondiale. Certains ont découvert la Côte d’Ivoire grâce à cette compétition sans même y avoir mis les pieds. Et surtout, nous avons vécu une formidable démonstration de l’hospitalité ivoirienne. Beaucoup de supporters et de délégations ne voulaient plus repartir, même lorsque leurs équipes étaient éliminées. Cela a renforcé notre « soft power » et notre image.
Vous avez également noué un partenariat avec
l’Olympique de Marseille. Pourquoi ce choix ?
À l’échelle des pays et des continents, le
sport est un formidable outil de promotion. Regardez l’Emirates Stadium à
Londres : le nom de la marque est associé au stade d’Arsenal. À force
d’entendre ce nom, les médias et les supporters en font eux-mêmes la promotion.
Nous avons donc considéré qu’il était important de ne pas rester en marge de ce
qui se fait de mieux. Nous avons signé un partenariat avec l’Olympique de
Marseille, parce que la France est notre premier marché émetteur de touristes
internationaux. Il nous semblait donc pertinent qu’un club aussi emblématique
que l’OM puisse porter les couleurs de la Côte d’Ivoire et contribuer à faire
connaître notre destination dans l’Hexagone. Nous avons terminé la première
phase de ce partenariat de trois ans et nous entamons un nouveau cycle de trois
ans. Nous en sommes très satisfaits. L’équipe est d’ailleurs récemment venue en
Côte d’Ivoire pour un match amical face à l’équipe de Yamoussoukro. Cela a
permis de montrer que nous avons également de jeunes athlètes bien formés. Nous
avons également signé un partenariat avec le Stade français afin d’avoir une
présence dans le nord de la France. Nous avons ainsi une présence au sud avec
Marseille et au nord avec le Stade français. Le rugby est un sport majeur en
France et il est suivi par de nombreux décideurs. Ce sont autant d’éléments qui
peuvent nous aider à pénétrer le marché français, qui nous intéresse
énormément.
Cela fait dix ans que vous êtes ministre.
Comment avez-vous vu évoluer la demande touristique au cours de cette décennie
?
En dix ans, beaucoup de choses ont changé. Je vous avoue que j’ai été très embarrassé lorsque le Covid est arrivé. En 2020, nous sortions d’un forum d’investissement à Dubaï, le premier du genre, au cours duquel nous avions rencontré beaucoup d’investisseurs. Et puis, en mars 2020, la pandémie a été déclarée par l’OMS. Du jour au lendemain, les investisseurs ne savaient plus comment se comporter. Les avions étaient cloués au sol, les territoires fermés, les déplacements interdits. On s’est alors demandé ce qu’allaient devenir les activités touristiques. Mais l’homme a cette extraordinaire capacité à s’adapter. Dès que la pandémie a commencé à se calmer, nous sommes entrés dans une nouvelle phase, marquée par une évolution permanente de la demande et des attentes. Notre secteur, qui représentait environ 7,5 % du PIB, est tombé à 2,4 % du PIB pendant la pandémie. Aujourd’hui, nous sommes remontés à près de 8,7 %. Et nous constatons que la demande s’est considérablement diversifiée. Après une décennie à la tête de ce ministère, ce qui me frappe le plus, c’est que tous les publics sont de plus en plus exigeants. Laurence Bottero Et de cette exigence naît une nouvelle offre, plus élaborée, plus qualitative et davantage en adéquation avec les attentes du marché.
Source La Tribune Afrique
Le Titre est de la rédaction


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